Textes : chansons et poèmes

LES CHANSONS


TAM-TAM DI LI DAM (nouvelle version)

L’oiseau-tonnerre a disparu
Et ainsi naquit sa légende
Aussi mon peuple hélas n’est plus
Si je mens je veux qu’on me pende

Qu’on me pende à Cœur d’Alêne
Ou à la rivière Qu’appelle
Qu’importe le lieu ou le domaine
Pourvu que ma chanson soit belle

J’ai perdu mon amour
Ma source et mon tambour
Pareil à mes pareils
J’entends plus la corneille

Qui chante et qui réveille
On est tous devenus sourds
On se rappelle plus de la veille
On dansait tous autour

Autour d’un : tam tam di li di
Tam tam di li di di tam tam di li dam
Tam tam di li di tam tam di li di di
Tam tam di li dam

Tous les oiseaux du monde
Tous les chevaux du roi
Les enfants à la ronde
Les anges sur les toits

Chantent la fin du monde
Chantent la mort d’un roi
La mer est si profonde
La mort n’emportera pas

Ton tam tam di li di…

S.O.S. ma mère
S.O.S. à l’univers
C’est un S.O.S. de la Terre
Le monde est rendu à l’envers

J’ai fait cinq cents années-lumière
Par les eaux et par les airs
Pour vous dire…

Nous reviendrons sauver le jour
Dans la peau pure et blanche d’un ours
Ou celle d’un jeune caribou
Hurleront les loups à leur tour

Si vous saviez les prières
Que chantaient vos arrière-grand-mères
Ces jours à venir seraient moins froids
La chouette me l’a chanté trois fois

Ma chanson terminée
Ma chanson mon amour
Mon sac de reels vidé
Se promène dans l’air du jour

Sous le vent des vérités
Et celui des vautours
Quand tout sera violé
Restera toujours

Toujours un tam tam di li di tam tam…

ASSOIFFÉ

J’ai tant cherché mon chemin
L’ai mandé tous les matins
Mandé à tous les devins
L’ai peut-être mandé en vain

J’ai bu comme on boit aux fontaines
Aux sources des cités anciennes
Le doux chant sacré des sirènes
J’ai bu la rosée dans la plaine

Je suis venu assoiffé
D’une eau pure et sacrée
Étrangement blessé
En ce monde étranger
Je suis venu assoiffé

J’ai plongé profond dans l’onde
Plongé jusqu’au cœur du monde
Mais : aucune lumière blonde
La blessure était trop profonde

On naît par un beau jour de neige
Avant d’avoir pu dire où vais-je
On a déjà la patte au piège
Pris dans un étrange manège

Je suis venu assoiffé
D’une eau pure et sacrée
Étrangement blessé
En ce monde étranger
Je suis venu assoiffé

Si je repasse par ici
Comme un navire dans la nuit
Je vous dirai mes amis
Si j’ai trouvé mon pays
En ce monde étranger
Je suis venu assoiffé

LA VOIE DES SOURCES

J’ai choisi la voie des sources
De rêver sous la Grande Ourse
Loin de ceux qui dans leur course
Ne pensent qu’à remplir leur bourse

Ce voyage mène en France
Il mène surtout à l’enfance
Aux premiers pas de la danse
Où l’on apprit la souffrance

J’ai suivi sans le savoir
Les chemins de la mémoire
J’ai vidé tous mes tiroirs
Me voici nu mon miroir

Je ne sais trop que vous dire
J’ai désappris à mentir
C’est curieux comme l’avenir
Est composé de souvenirs

Qu’on a tenté de chasser
Qu’on a voulu oublier
Quand on ne peut plus les cacher
On se cache pour pleurer

J’ai pleuré sous la Grande Ourse
Loin de ceux qui dans leur course
Ne pensent qu’à remplir leur bourse
J’ai choisi la voie des sources

PAMPELUNE

Nous irons à Pampelune
Par une belle nuit étoilée
Décrocher la dernière lune
Avant que s’envole l’été

Ne t’ai point choisi ma brune
Je me suis laissé couler
Dans le sable de la dune
Je suis tombé à tes pieds

J’ai plongé dans ta lagune
Je m’y suis presque noyé
Si je n’ai pas fait fortune
Au moins j’ai appris à nager

Ne me garde point rancune
Si j’ai un peu oublié
Que chacun a ses lacunes
Qu’il faut savoir patienter

Un jour saurai lire les runes
Ce jour-là je chanterai
Pour les gens de la commune
Tous ceux qui s’en vont à pied

À Puylaurens ou Pampelune
Ils vont et viennent comme les marées
Comme les marées qu’enfante la lune
Les nuits froides de février

Nous irons à Pampelune
Décrocher la dernière lune

VÉZELAY

J’ai vu Vézelay et Notre-Dame
N’ai point trouvé l’amour lumière
Je ne veux pas en faire un drame
J’ai en horreur la sainte poussière

J’ai suivi la route de Dijon
J’ai marché seul jusqu’à Lyon
Sans bourdon et sans compagnon
Dans les campagnes dans mes haillons

Ont-ils vraiment pendu Villon
Je porte un vieux médaillon
En souvenir de ce soûlon
Qui un soir en sale prison

M’avait donné son bout d’ croûton
J’avais à peine poil au menton
Et mon cœur était un glaçon
Depuis il pleure depuis il fond

Je t’écris sans regret Suzon
Peut-être qu’un jour se croiseront
Encor nos cœurs en Avignon
Je poursuis sans cesse un rayon

J’ai vu Vézelay et Notre-Dame
N’y au reçu aucun éclair
C’est mon aveu Dieu ait mon âme
L’ivresse m’est venue par la bière

J’ai bu j’ai perdu la raison
Le vin est bon en toutes saisons
Allons buvons amis larrons
C’est ainsi qu’on perd sa maison

J’ai tout vendu vendu mon jonc
Il était beau il était blond
Ses yeux bleus brillaient sous le pont
J’ai caressé sa douce toison

Puis j’ai sorti mon éperon
Je l’ai saigné comme un cochon
Si Dieu est bon j’ai son pardon
Sinon qu’on m’allume un lampion

Ça te fait pleurer ma Lison
Tu aimais mon cœur de souillon
J’aimais salir tes beaux jupons
Comment s’appellent nos rejetons

J’ai vu Vézelay et Notre-Dame
Les cathédrales à quoi ça sert
J’m’emmerde là où d’autres se pâment
On doit m’attendre en enfer

L’enfer voilà où nous vivons
Et à chacun sa religion
Je n’ai jamais compris Platon
Je cherche la nuit un tison

Au vrai je suis un hérisson
Mon cœur est celui d’un tendron
Aimé je vous joue du violon
Blessé je vous lance mes chardons

Et si vous passez par Châlons
Par Vézelay ou par Lyon
Priez pour moi pauvre bouffon
C’est moi qui ai choppé votre chapon

M’en vais toujours par l’horizon
La bouche pleine de jurons
Je le cracherai tout mon poison
Je le jure je poursuis un rayon

J’ai vu Vézelay et Notre-Dame
N’y ai point trouvé la lumière
L’ai trouvé chez une autre dame
Qui avait le cœur d’une sorcière

Lors j’ai vidé mon baluchon
Je retourne dans mon donjon
C’est le destin des trublions
De vivre comme a vécu Villon

POURSUIVRE

Ce chant d’hiver au cœur
Qui me berce d’eau douce
Me déverse sa tendresse
Sa belle rivière

Elle était belle alors
Et frêle comme feuille
D’automne frileux où tremblent
Ensemble les corps fragiles

Elle était douce aussi
Comme rayon de lune
Qui me dira chaleur
Le temps passe comme un rêve

C’est un rayon que je poursuis
C’est une chanson qui m’a suivi
C’est une maison aussi m’amie
Qu’un jour mon père a bâtie
Il fait nuit au cœur de la vie
Mon nom n’est pas qui je suis
Je ne veux point mourir ici
C’est un rayon que je poursuis

Ce chant d’hiver au cœur
Qui me berce d’eau douce
Me déverse sa tendresse
Sa belle rivière

Elle était belle alors
Et frêle comme feuille
D’automne frileux où tremblent
Ensemble les corps fragiles

Elle était douce aussi
Comme rayon de lune
Qui me dira chaleur
Le temps passe comme un rêve

L’HOMME DANS LA LUNE

Cette planète se torture
Elle ne tourne plus en rond
M’a dit l’homme dans la Lune
M’a dit l’homme dans l’avion

Et cet âge est obscur
S’éteignent tous ses lampions
On vend tout pour des prunes
Même la dent-de-lion

Un enfant me murmure
Je n’ai plus d’horizon
Je m’en vais dans la Lune
Je m’invente un avion

M’en vais sauter ce mur
M’enfuir de la maison
Monter dans le mât de hune
Écouter Arion

Elle avait fière allure
Elle chantait dans les joncs
S’endormait dans la dune
Et dansait sous Orion

Un soir sema Mercure
Et ses mauvais bouffons
Au diable vos belles fortunes
Sauta dans un galion

Alla rejoindre Arthur
Ses vaillants compagnons
Qui s’en vont à la brune
Par les constellations

Délacer vos chaussures
Cassandre et Cendrillon
Car d’aucune tribune
Se chante la création

Saint François dans sa bure
Et Claire dans sa chanson
Ont passé mille et une
Nuits en communion

À panser mes blessures
À chasser le dragon
Que cette terre d’infortune
Fabrique par millions

Car cet âge est obscur
S’éteignent tous ses lampions
M’a dit l’homme dans la Lune
M’a dit l’homme dans l’avion

LES POÈMES


VIGILANCE

J’ai la susceptibilité des enfances trahies
Et la tendresse du renard naissant
J’ai cent fois perdu tous mes amis
J’ai retrouvé le chemin des amants

J’ai la colère du grand ours blessé
Et la rage du loup-cervier qu’on encage
L’espoir hivernal de l’épervier
Et la foi de l’outarde des printemps

Je n’ai pas la cruauté des nouveaux Romains
Qui se cachent dans leur tour d’argent
N’ai non plus l’oubliance de ce temps pressé
J’ai la fidélité du messager aux pieds nus

Un jour peut-être aurai-je la dignité du chêne qu’on profane
J’ai l’œil rivé à la Lune et j’attends vigilant

TROUBADOUR

Je n’ai pas dit mon dernier mot
J’ai l’entêtement des navigateurs au long cours
Le courage des fous
Et la force des mendiants
Je suis toujours troubadour
Mais mon chant est désormais celui d’un fleuve déchiré
Et je crois que cette fois-ci sera la bonne
Je ne dis pas ça en rêveur mais en laboureur
Car la terre sera retournée
Elle nous reviendra
Et la rose des poètes y refleurira
Pour toujours

REPU

J’ai faim du fond de moi d’une nourriture
Qui n’est ni la vase de la rivière
Ni la mélopée malienne
Ni le soleil de la Grèce
Ni la lune métisse
Ou alors c’est tout ça à la fois
Peu importe
Je ne suis jamais repu

PAR UN MATIN

Par un matin me promenant
Sortant d’un bois et d’un orage
Elle est à moi venue doucement
Me sauver de mon propre naufrage
J’ai trouvé son âme si belle
Que long de temps l’ai regardée
Et dans l’eau de sa claire fontaine
Mon vieux cœur souillé s’est lavé
Elle avait voyez-vous
Un véritable cœur de reine
Jamais non jamais je ne l’oublierai


RECONNAISSANCE

enfariné de folie et d'étoiles
illuminé d'elle
mouillé d'elle
saoulé d'elle
en sueur comme le beau Centaure
au jour du sacre du Printemps d'ivresse
enfoncé dans la glaise des merveilles
il chantait haut et fort de tous ses muscles bandés
aimait de tout son ventre
comme on a faim de la vase
au creux du lit de la rivière des torrents secrets
il plantait l'amour dans la terre des plénitudes
comme un dieu semeur d'astres nus
puis la tête dans l'herbe des fraîcheurs
il pleurait sa reconnaissance éternelle
au Ciel des origines
tandis que la Déesse le berçait dans le silence du soir
et que la lune veillait

ANCRAGE

je meurs de m'ancrer
dans les fonds océaniques de son corps
couler lentement en elle
atterrir dans sa tendresse
m'amarrer à la lumière de ses lèvres
m'entourelourer dans sa chaleur oursonne
glisser dans les mouillures de son intimité
patiner autour de son nombril
m'enfirouaper dans sa belle fourrure de fille de feu
rougir avec elle du doux désir d'ardence
chanter ô chanter dans son ventre rond petit patapon
plonger dans ses seins sanctifiés
pour rappeler à moi la mémoire
de la forêt des enchantements perdus
...


Dernière modification: 13 jan 2014